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TAS, Idir
KHALFOUNE Tahar

Entretien avec Idir Tas, par Tahar Khalfoune


Titre du périodique ou du site internet : Algérie Littérature / Action
Date : sept-oct
Numéro : 231
ISSN : ISSN 1270-9131
Date : sept-oct
Année : 2017
Commentaires : Extrait de l'entretien

TK. Quels sont tes projets littéraires actuels ?

IT. Actuellement, je termine l’écriture d’une œuvre de fiction qui a pour titre La légende d’une grive solitaire. L’histoire se passe en septembre 1999. Après avoir habité à Grenoble et à Saint-Marcellin, mon héros s’installe à Guilherand-Granges, une commune de l’Ardèche qui fait face à Valence. Depuis son retour en France, quatre ans plutôt, Lounis, inscrit à l’ANPE, survit en donnant des cours particuliers à domicile. Il trompe son attente d’un emploi en se promenant dans divers lieux qui lui sont familiers, qu’il s’agisse des bords du Rhône, du port de l’Épervière ou de Crussol, quand ce n’est pas les rives de la Drôme dans sa ville-fétiche : Crest…

TK. D’après ce que tu viens de dire, ton nouveau livre aborde ce mal qui ronge nos sociétés d’aujourd’hui et que tu as toi-même connu...

IT. Oui, c’est un fléau qui concerne tout le monde et que l’on a parfois du mal à mettre en mots comme si c’était trop douloureux ou tabou. Les pouvoirs publics, les gens d’une manière générale jouent la politique de l’autruche.

TK. La difficulté majeure pour les Algériens diplômés qui arrivent en France est évidemment l’emploi et la résignation au déclassement. L’immigration de type universitaire est un phénomène récent en France, celle-ci est habituée à une immigration de main d’œuvre, comme celle que nos parents ont connue.

IT. C’est vrai que j’aborde un sujet un peu délicat pour ne pas dire cascadeur. Beaucoup ont déjà abordé ce thème, soit dans la littérature soit au cinéma. Je pense notamment au dernier film Lucky de David Lynch. Souvent c’est un échec commercial comme si cela effrayait ou faisait fuir. Mais j’avais besoin d’en parler sur un plan personnel, pour surmonter le traumatisme d’avoir été confronté à cette situation et pour montrer peut-être que l’on peut continuer à exister malgré cette peste qui vous contamine chaque jour un peu plus. Sans vouloir parodier Beckett, je dirais : nous ne naissons pas tous chômeurs, certains le deviennent. Cette expérience du chômage, je l’ai moi-même vécue comme mon héros pendant ces années qui ont suivi mon départ d’Algérie durant sa décennie noire. J’avais quitté une France radieuse et cinq ans plus tard j’ai retrouvé un pays en difficultés, ce à quoi je ne m’attendais pas.
Numéro : 231