1.

 

Ou étais-je loin
et la forêt peinte
L’armature des Aurès scellée
le voyage impossible

Pourtant j’ai vu tes crêtes s’affaisser
une à une
notre maison devenue brouillard

Qui échangera désormais ses clefs
contre tes nerfs mangés par la rouille

Et pansera tes plaies
penché sur toi
désormais sur ton corps

 

2.

D’innombrable wagons arrimés au silence bruissaient
m’emmenèrent un soir un jour vers toi

Etais-je loin
lorsque m’apparurent dans le noir tes vagues
Loin loin de croire qu’un jour
qu’en ce jour-même revenant vers toi
j’interroge et réponde par ce mot : BLANCHE

Les souvenirs n’atteindront jamais la clarté de tes ombres
ce ne sont que rideaux jetés sur des nombres
ondulant, tournoyant comme les heures,
revenant de loin et ne disant pas autre chose:

Qu’Alger des amours et qu’ Algérie des orages !


Il me faut creuser de lents sillons vers ton silence
il me faut gratter la tourbe de ton absence
pour t’aimer encore

 

3.

Mais quel est le nom de cette colline
où percent tes flancs

Je les vois d’ici
Hommes et femmes allant
jaillis de tes entailles
courant marchant vers le soleil vers les halles

Vers quelle lumière maintenant aller

Et ce lien est-il perceptible

tissé déjà avec ta mort

Les outils disponibles
les tablettes d’argile écrites
les pierres ponces broyées

 

4.

La mosquée encastrée dans la bave

l’écume des jours sanglants

petites pierres calcinées sur le seuil des maisons basses

dans un dernier sursaut d’innombrables visages

Loin, très loin de toi
murmure à peine potable,

l’eau des larmes
descendant les degrés du deuil
Impossible disais-tu
Souviens-toi

 

5.

 

O Je parle de toi
comme si morte déjà
l’orage avait frappé de silence tes vertèbres

La lueur et la cire fondues
et toi lampe de jasmin qui m’éclaire
je te vois chancelante
hachée de brisures
tu vibres encore

comme ce cœur délesté du poids des images

 

6.

Un soir, un jour j’irai vers toi
Oui je ferai ce voyage

Et tu seras grisée de lumière
et l’ombre déjà aura drapé tes faces

 

7.

La blancheur de tes pas me poursuit
m’éclabousse le givre peint de ton nom
Tes longues hanches
tes yeux miroitants
plus pures que l’eau des fontaines

Je ne peux pas trempé mes doigts dans tes yeux
je ne puis qu’observer tes larmes
essuyer le sang sur ta langue
jusqu’ici, entendu je peux

J’ai souvenir

Je t’ai entendu crier crisser
je t’ai vu naître aux morsures souveraines
mourir
au-delà je succombe à peine parlant
incapable

 

8.

La mer lentement entre toi et moi comme un lent souffle
La mer la nuit

Et ce souffle vaincu

toi rendue
rien ne reste
la table est vide

Pierre sur pierre entassée
tel est l’aspect de nos tombes
selon le souhait de nos morts
un tas d’écumes cousues aux lèvres des algues

Seuls toi et moi
et tout le silence de nouveau vidé invaincu

9.

 

A peine quelques mots...
Je ne t’ai pas vue
J’étais muré
comme les meubles lourds dans ma maison hagard
regardant en moi atténuant tes nuances

Tu veillais dehors
non pas avec des armes
mais avec les mêmes lampes cassées
les silhouettes les reflets aussi
la chambre des accoutrements
et la chambre consacrée aux nuages

J’ai souvenir maintenant je peux
peut-être te parler

Tu ne t’es pas rendue
tu veilles espères en silence

 

10.

 

Peinte de chaux vive ta voix
griffée par les ongles acérés des songes ta peau

tu continues tu espères encore
malgré les crosses nues qui frappent ta vue et tes seins
malgré la nuit

Et soudain
au milieu de l’aire consacrée aux ronces
tu agites la crécelle des minarets

Je souffle mes bougies
aveugle dans le jour
comme le jour aveugle
je continues
espère espère encore

 

11.

 

Tu es parée
Pour quel rêve

De nouvelles noces m’attendent dis-tu

A mon cou pend le collier de l’azur
mon cœur est branche de corail

Il est temps
Plantez mes arbres
broyez l’encens
je ceindrai mes lombes
qu’on teigne de safran mes robes

Je veux parler
aux urnes sacrées

 

12.

 

Je regarde l’air
épouser le bruissement de l’étoffe rêche sur tes hanches

Tu descends les degrés de marbre vers le sang
vers la paix

Je tends mes mains dis-tu
qu’on les enduisent de henné
J’épouse le grand silence

 

13.

 

L’aube achevée
que ces vers sur tes falaises se brisent
et le sable fin des mots qui n’est rien qu’il rejaillisse
devienne sang qui alimente mes rires

Et puisque toute morte tu es devenue témoin
que t’enveloppe la mer
et qu’elle t’infuse le suc des algues
pour nous faire vivre
Car nous  t’aimons, nous t’aimons encore.